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Le tambour chamanique féminin

La Femme Tambour : À la Source du Féminin Sacré

La Femme Tambour – Renouer avec sa déesse intérieure de Layne Redmond

La Femme Tambour possède mille facettes et incarnations. Sappho était l’une d’Elles.

« Il est possible que tu oublies, mais laisse-moi te dire ceci : quelqu’un plus tard pensera à nous. »
— Sappho, VIIe siècle av. J.-C., compositrice, musicienne, enseignante et prêtresse d’Aphrodite

Féminin Sacré : Que Signifie Vraiment Cette Expression ?

Féminin sacré. L’expression est aujourd’hui largement usitée, mais que signifie-t-elle vraiment ? Quelles sont ses sources ? Pourquoi resurgit-elle avec tant de vigueur ces dernières années ? Quel vide vient-elle combler ?

Aventurons-nous sur les rives magnifiques du féminin sacré, lointaines dans le temps et l’espace, et pourtant si pertinentes pour nous aujourd’hui. Naviguons au fil des méandres de l’histoire de la spiritualité humaine, en quête du joyau que toute femme abrite en elle, un trésor trop souvent oublié ou négligé : sa part sacrée, inaliénable et essentielle.

Une démarche introspective pour renouer avec le Soi féminin

Mais avant de commencer, prenez le temps de vous demander si la notion de féminin sacré vous est familière. À quel âge l’avez-vous découverte, ressentie ? Que signifie-t-elle pour vous ? Est-elle vague ou précise ? Abstraite ou incarnée ? Lointaine ou proche de ce que vous vivez ?

Nous sommes nombreuses à ne nous être approprié cette notion que très tardivement, malgré des études en Lettres et Histoire et beaucoup de lectures en anthropologie, en histoire de l’art et en histoire des religions.

Ce constat montre à quel point la notion de féminin sacré (ou de « féminin divin », de « déesse intérieure ») a été évacuée du savoir et de l’être collectif.

Sororité : Un Chemin de Réappropriation Collective

Ce chemin de réappropriation du féminin sacré, on ne le parcourt pas forcément seule. Au-delà de notre intuition, c’est grâce au travail d’autres femmes que l’on parvient à saisir soi-même l’immensité du gouffre, l’ampleur de la blessure du féminin, la souffrance de l’oubli, la nécessité de nous réapproprier cette mémoire.

C’est aussi grâce à la magie de la sororité que l’on peut s’autoriser à rejoindre la ronde joyeuse des prêtresses antiques du féminin divin pour insuffler de l’amour, de la douceur et du plaisir dans le rapport à notre corps et à notre féminité.

Les Passeuses de Savoir de la Femme Tambour

Nombreuses sont les passeuses de savoir qui, avant nous, ont déblayé le chemin.

Femmes qui courent avec les loups

Il y a bien sûr Clarissa Pinkola Estés et son ouvrage phare, Femmes qui courent avec les loups, dont la prose vient immanquablement réveiller notre instinct, notre dimension sauvage, charnelle, sensorielle, nous donne envie de courir pieds nus sur l’herbe couverte de rosée et de plonger, la tête la première, dans les vagues de l’océan :

« Une femme sauvage est comme une louve : robuste, pleine comme un œuf, débordante de vitalité, consciente de son territoire, donneuse de vie, inventive, loyale, bougeant beaucoup. Séparée de sa nature sauvage, sa personnalité s’affaiblit, s’étiole, devient spectrale. Nous ne sommes pas faites pour avoir le poil rare et être incapables de bondir, de chasser, de donner la vie, de créer la vie. Quand la vie des femmes est en état de stasis ou bien est pleine d’ennui, il est temps qu’émerge la femme sauvage ; il est temps que la fonction créatrice de la psyché vienne inonder le delta. »
— Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, Le Livre de Poche, 2000 (1re éd. 1992), p. 27.

Layne Redmond, la Femme Tambour : Qui Était-Elle ?

L’ouvrage de Layne Redmond (1952-2013), La Femme Tambour, Renouer avec sa déesse intérieure est tout aussi important, magique et éclairant.

C’est à cette auteure que je souhaite ici rendre hommage, pour ce qu’elle était et pour ce qu’elle a apporté à la compréhension du féminin sacré.

Layne était une personnalité extraordinaire, une musicienne et une enseignante hors pair qui a remonté le temps et sillonné la planète pour refaire surgir à la surface de nos consciences la mémoire du féminin sacré.

Le rythme intuitif, suivre les battements du cœur

Pour cela, elle a eu l’intuition de suivre l’appel de son instrument de prédilection : le tambour à main (ou tambour sur cadre), qui est l’un des instruments les plus anciens de l’humanité.

C’est en suivant les échos millénaires du tambour et des rythmes sacrés qu’elle nous a permis de revenir à la source du féminin sacré.

La Femme Tambour, renouer avec sa déesse intérieure, Layne Redmond

 

À l’Origine de la Femme Tambour : Le Mystère de la Vie et du Rythme

Entrons dans le vif du sujet et remontons le temps jusqu’à l’aube de l’humanité, période où le corps féminin est vénéré parce qu’il est mystérieux et magique ; parce qu’il a le pouvoir de donner la vie.

Les Questions Primordiales de Nos Ancêtres

Quel est donc ce miracle qui permet aux femmes d’enfanter ?

D’où vient ce flux rouge qui sort de leur corps au même rythme que les cycles de la lune ? D’où vient le lait qui coule de leurs seins et avec lequel elles nourrissent les bébés ?

Pourquoi leur corps est-il tout en rondeur ? Pourquoi attire-t-il les hommes ?

À cette époque, les humains n’ont pour réponse que l’intervention d’une force supérieure qui a fait du corps des femmes le réceptacle sacré de la procréation.

Et si les femmes ont le pouvoir de donner la vie, alors elles ont aussi le pouvoir de donner la mort, à l’instar de la lune qui trône parfois souveraine dans le ciel nocturne puis disparaît tous les mois pour laisser place à l’obscurité la plus totale.

On retrouve par exemple cette vision du cosmos dans le mythe égyptien de la déesse Nout, qui mangeait le soleil tous les soirs pour l’enfanter de nouveau à chaque aube.

Femme, lune, rythme des jours, des nuits et des saisons formaient un Tout mystérieux et fascinant pour nos premiers ancêtres.

La Grande Déesse Primordiale : Rythme, Eau et Lune

Les travaux de la psychanalyse ont montré que ce qui fait peur et attire à la fois est source de fascination pour l’inconscient humain. Et ce qui fascine est sacré et vénéré.

Il n’est donc pas étonnant de voir apparaître, dès l’époque paléolithique, vers 30 000 ans avant notre ère, les premières représentations de culte du féminin sacré, sous forme de vulves humaines recouvertes d’ocre rouge taillées dans la pierre ou gravées sur les parois des grottes. La vulve est le symbole de la fécondité, du commencement des cycles, de la naissance de la vie et de la régénération.

Entre 27 000 et 19 000 av. J.-C. apparaissent les premières « Vénus paléolithiques », ces statuettes d’os, d’ivoire ou de pierre aux seins et aux hanches énormes qui mettent en valeur la fertilité féminine et, avant tout, la capacité du corps féminin à créer la vie à partir de son propre corps. Voilà la source du féminin sacré et de tous les cultes de vénération de la Grande Déesse qui vont en dériver.

Les Trois Piliers du Féminin Sacré des Origines

Trois autres éléments vont venir se greffer à ce féminin sacré des origines :

L’idée que le corps féminin fait un avec la Nature. 

La Femme a des pouvoirs et des caractéristiques semblables à ceux de mère Nature, laquelle préside à la création de tout ce qui existe sur notre planète.

La Femme est en symbiose avec la lune.

Elles sont toutes deux mystérieuses et cycliques, intimement liées à l’eau : la femme par ses fluides et la lune par son influence sur les marées.

La Femme est cyclique, rythmique, mouvante, comme tout ce qui vit.

Le cœur de notre mère est la première musique que l’humain entend avant sa première respiration et qui le connecte à la vie.

Pour les peuples de la préhistoire, le rythme est un élément fondamental : il est l’énergie et la force structurante du vivant. Selon l’historien William H. McNeill, « la capacité à bouger et à donner de la voix [en rythme], avec le renforcement des liens émotionnels que ce type de comportement implique, a été un préalable essentiel à l’émergence de l’humanité. »

La Grande Déesse

Sans surprise, la Grande Déesse, figure majeure du féminin sacré qui accompagnera les sociétés humaines durant des millénaires et dont nous entendons l’appel aujourd’hui, est aussi une déesse musicienne, une percussionniste, une Femme Tambour qui marque la cadence de notre quotidien, rythme nos existences et orchestre tous les cycles du ciel et de la Terre.

Les Maenades Dansantes de la Villa de Cicéron, troisième style de la peinture murale pompéienne, approximativement 20 av. J.-C.–45 apr. J.-C
Les Maenades Dansantes de la Villa de Cicéron, troisième style de la peinture murale pompéienne, approximativement 20 av. J.-C.–45 apr. J.-C

 

Les Visages de la Grande Déesse et du Tambour Sacré

La Grande Déesse, à travers laquelle les humains honoraient à la fois la Nature toute puissante et la Femme dans son essence, a pris d’innombrables visages et noms selon les époques et les civilisations.

Arrêtons-nous un moment sur quelques exemples de figures tutélaires du féminin sacré, dont les noms mythiques et chargés de rêves résonneront peut-être en vous.

La Vénus de Laussel : Première Femme Tambour

La Vénus de Laussel, aussi connue sous le nom de « Vénus à la corne », est la première représentation connue associant femme et lune. Datant de 25 000 ans avant notre ère, elle était originellement teintée de pigments ocre, couleur sang.

Ses hanches larges, ses seins lourds, son ventre volumineux indiquent qu’elle est peut-être enceinte. Elle représente et honore la Femme dans son pouvoir de création.

La Corne de Bison symbole de Lune et d’abondance

Elle tient entre ses mains une corne de bison symbolisant l’abondance et le premier croissant de lune. Cette corne est gravée de 13 encoches, comme les 13 jours séparant la nouvelle lune de la pleine lune, mais aussi le premier jour des règles de l’ovulation. 13 aussi comme les 13 mois lunaires qui font une année solaire.

La corne de bison est également un très vieil instrument de musique. Dans la Bible, une corne de bélier (shofar) est utilisée pour appeler les fidèles ou invoquer Dieu.

Le Tambour sur Cadre

Layne Redmond nous apprend qu’à côté de la corne, le tambour sur cadre devient, dès l’époque paléolithique, le symbole de la Déesse créatrice de l’Univers dans la vallée de l’Indus, en Mésopotamie et dans la vallée du Nil : « La technique sacrée de synchronisation du corps et de l’esprit par les percussions et le rythme, souligne-t-elle, est à la base [des] plus vieilles traditions religieuses. »

Là encore, le lien avec la lune est facile à établir, puisque la forme circulaire du tambour fait écho à la rondeur de la pleine lune.

Déesses Védiques : Le Pouvoir du Mantra et du Rythme

Les déesses védiques de la vallée de l’Indus, héritières des déesses harappéennes, ont beaucoup de points communs avec les déesses préhistoriques.

La déesse Vâc par exemple, qui incarne la parole rituelle et l’éloquence, est parfois représentée sous la forme d’une vache sacrée, ce qui rappelle la corne de bison de la Vénus de Laussel.

Vâc maintient l’ordre du monde par la répétition de sons mystiques, les mantras, essentielle dans la pratique du yoga : répéter rituellement le mantra d’une divinité revient à convoquer son énergie.

Et cette répétition se fait souvent au rythme d’un tambour.

Inanna la Sumérienne : Première Percussionniste Connue

Penchons-nous maintenant sur une troisième figure majeure du féminin sacré : la Sumérienne Inanna, déesse tutélaire de la ville d’Uruk (aujourd’hui en Irak), ancêtre d’Ishtar, d’Astarté ou encore d’Aphrodite.

Rappelons que c’est en Mésopotamie qu’apparaissent les premiers textes écrits connus, entre 4000 et 3000 avant notre ère. Ces derniers nous fournissent de riches informations sur les percussions rituelles. Ils évoquent notamment la fabrication des tambours et nous révèlent le nom de la première percussionniste connue : Lipushiau, la grande prêtresse de l’autre ville majeure de Mésopotamie, la cité-État d’Ur.

La puissante Inanna présidait à la fertilité, aux naissances et à la pluie. Aussi désignée sous le titre de « première fille de la lune », elle portait une coiffe-lune faite de sept paires de cornes superposées.

Les prêtresses de Sumer

Layne Redmond nous apprend que la musique était omniprésente dans les rituels des prêtres et des prêtresses de Sumer : lyres, harpes, cymbales, sistres, flûtes et tambour résonnaient dans le temple d’Inanna, dont l’acoustique amplifiait la musique et les chants.

Inanna était aussi la déesse de la sexualité sacrée et les instruments rituels résonnaient de plus belle lors de la cérémonie annuelle du Hieros Gamos ou « mariage sacré », qui mimait et consacrait l’union d’Inanna avec son époux Dumuzi, dieu de la végétation.

Cette union rituelle n’est pas sans rappeler l’union tantrique entre Shakti et Shiva.

Hathor l’Égyptienne : Déesse du Tambour et du Cobra

Déplaçons-nous à présent un peu plus à l’ouest, pour faire une halte dans le delta du Nil, terre de la splendide Hathor, la plus ancienne des déités égyptiennes connues.

Reprenons ici les mots de Layne Redmond pour la décrire :

« [Hathor] est la Mère de tous les dieux et déesses du temps primordial. Elle revêt tantôt la figure d’une femme, tantôt d’une vache [ou encore] d’une femme à tête de vache […], d’un cobra, d’un vautour, d’un hippopotame, d’une lionne, du soleil, ou du figuier sycomore — l’arbre de vie des Égyptiens. […] Son essence est fluide, ondoyante, indéfinissable. […] »

Cléopâtre, grande prêtresse d’Hathor

Layne rapporte aussi que Cléopâtre, dernière de la dynastie des Ptolémées, grande prêtresse d’Hathor, portait la coiffe rituelle d’Hathor, reconnaissable à son grand disque rouge — symbole du soleil — encadré de deux cornes de vache — symbole de la lune. Les deux ailes de vautour entourant le visage et le cobra au niveau du front sont aussi deux éléments essentiels de cette coiffe : ils représentent l’unification des anciens royaumes de Haute-Égypte et de Basse-Égypte.

Hathor, illustration de La Sagesse Eternelle des Déesses de la Lune (Eyrolles)
Hathor, illustration de La Sagesse Eternelle des Déesses de la Lune (Eyrolles)

Quant au cobra, situé au niveau du troisième œil, il symbolise la connaissance et la conscience souveraine.

Il est impossible de détailler ici tous les attributs de cette figure antique du féminin sacré si riche de sens, mais relevons deux derniers éléments :

  1. Son culte accordait, à l’instar de celui d’Inanna, une place majeure au langage, à la parole, à la prophétie, à la poésie et à la musique.
  2. Sa fertilité, ainsi que celle du Nil, était célébrée et ravivée lors de la cérémonie du pilier djed scandée par les rythmes de tambours, tambourins, sistres et autres instruments de percussion joués par les prêtresses. Selon Layne, l’érection du pilier djed représentait aussi sans doute l’énergie divine remontant le long de la colonne vertébrale, comme la Kundalini hindoue.

Cybèle, Astarté, Aphrodite : La Triade Méditerranéenne

Nous terminerons notre parcours avec la triade Cybèle-Astarté-Aphrodite.

Cybèle est d’abord née en Anatolie (région de la Turquie actuelle) sous le nom de Kutaba. Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir que ses temples, autour de la cité de Midas, étaient décorés de représentations de femmes jouant du tambour sur cadre. Des centaines de statues la montrent flanquée d’un lion, portant un tambour dans la main gauche et une coupe dans la main droite.

Cybèle était présente dans tout le bassin méditerranéen antique, par exemple en terre de Canaan (Syrie et Liban actuels) sous les traits de la déesse Astarté ou encore à Chypre et en Crète, sous les traits de la plus célèbre des déesses de l’amour, la sensuelle Aphrodite.

Pour Layne Redmond, Aphrodite est « un mélange envoûtant d’Inanna, d’Ishtar, d’Astarté et de Cybèle. [Elle] est la déesse Colombe de l’érotisme et l’archétype de la séduction faite femme. Comme Hathor, elle est joyeuse, solaire, resplendissante. »

À l’égal des Déesses-Mères des cultures fluviales (Indus, Nil, Tigre et Euphrate), c’est Aphrodite qui fait don du chant et de la musique aux humains et ses prêtresses sont de fines musiciennes, comme la célèbre Sappho de Lesbos, poétesse et joueuse de lyre.

Les cultes de Cybèle, d’Astarté et d’Aphrodite perpétuaient la tradition de la sexualité sacrée lors de cérémonies d’accouplements avec les prêtresses : l’union physique entre l’homme et la femme était alors considérée comme un sacrement.

Pour parfaire la sensualité du décorum, les rituels étaient accompagnés de musiques envoûtantes, de danses extatiques, d’encens et de parfums enivrants de myrrhe, de rose et d’oliban.

« La pleine lune apparut. Les femmes se tenaient debout comme autour d’un autel […] Ainsi parfois les Crétoises aux pieds délicats dansent en cadence autour du bel autel en foulant l’herbe tendre. »
— Sappho, Invocation à la Déesse

 
Tambour chamanique féminin
Le Tambour chamanique féminin, objet subversif ?

 La Symbolique du Tambour dans les Rituels du Féminin Sacré

Ces quelques portraits du féminin sacré des origines et de l’Antiquité montrent l’omniprésence des percussions et surtout du tambour comme symbole de la Déesse créatrice de l’univers.

Les Prêtresses Musiciennes : Gardiennes du Rythme

Rappelons d’abord que les instruments étaient joués par des cohortes de prêtresses musiciennes. Et si, dans les groupes ou orchestres actuels, les percussionnistes et les batteurs sont le plus souvent des hommes, il en allait tout autrement dans les temples des Grandes Déesses !

Les Multiples Fonctions Spirituelles du Tambour

Pour terminer notre exploration, penchons-nous avec Layne sur les diverses significations du tambour dans les rituels associés au féminin sacré :

— Le tambour, accompagné de percussions, était d’abord un moyen de connexion au féminin sacré et d’invocation des Déesses. Les prêtresses au tambour servaient donc d’intermédiaires entre les mondes humains et divins.

— Battre le tambour éloignait aussi les esprits maléfiques, causes de désordre et de maladie. Il permettait de créer un espace purifié et propice à l’invocation de la déesse.

— Comme dans le chamanisme, le tambour participait à l’induction d’un état de transe permettant les allers-retours à travers les mondes célestes, terrestres et souterrains, dont l’interdépendance était symbolisée par l’arbre de vie.

— Dans ces rituels d’exploration des diverses dimensions du réel, le tambour maintenait aussi, par son battement continu, le lien avec la réalité quotidienne, permettant à la prêtresse de revenir saine et sauve dans le royaume des vivants.

— Le tambour se faisait aussi entendre lors des rituels de naissance et des rituels funéraires, mais il était tout particulièrement associé aux rites de passage : son rythme marquait le moment de transition entre la mort et la renaissance, il signifiait l’abandon de quelque chose et l’évolution vers autre chose. « En invoquant les divinités élémentaires, précise Layne, la voix du tambour perpétue la renaissance cyclique de la nature. Sa force vibratoire réveille la vie endormie dans le sein de la terre […]. »

— Le tambour simulait également la fécondité humaine et l’énergie sexuelle féminine. Les prêtresses de la sexualité jouaient du tambour pour augmenter l’énergie du désir et la puissance du féminin sacré.

— Dans le même ordre d’idée, les prêtresses maniant le tambour avec dextérité incarnaient le pouvoir créatif de la Déesse et la puissance de la créativité féminine.

— Des textes d’Uruk indiquent aussi que le tambour était joué lors des lunes noires ou des éclipses pour rassurer la population et accompagner la résurrection de la lune et de la Grande Déesse.

— Le tambour, dont la forme rappelle le tamis et donc l’agriculture, était enfin, symboliquement, le réceptacle sacré du grain et de la nourriture. Il était donc associé aux cérémonies visant à honorer la fertilité de la nature, à prier pour l’abondance des récoltes.

 

Que S’est-il Passé ? La Disparition de la Femme Tambour

Pour conclure, demandons-nous avec Layne :

« Que s’est-il passé pour que cette Grande Déesse toute puissante, dont le tambour avait invité à partager sa divinité pendant tant de milliers d’années disparaisse de manière aussi radicale ? Comment se fait-il qu’à peine quinze siècles après la dernière grande fête célébrée au temple romain de Cybèle, quasiment plus personne ne la connaisse ? »

Les Causes Historiques du Silence Imposé

Sédentarisation, invasion de hordes venues des steppes caucasiennes, chute de l’Empire romain, déclin des religions païennes, émergence du monothéisme, développement du christianisme, etc. Autant de causes successives ou conjointes qui ont probablement contribué à faire chuter les déesses de leur piédestal et à éclipser peu à peu la puissance du féminin sacré, remplacé par la toute-puissance du masculin.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, Layne Redmond consacre plusieurs chapitres aux causes historiques, anthropologiques et religieuses de la disparition du culte de la Grande Déesse et donc du féminin sacré.

Retrouver le Pouls de la Vie : Le Renouveau de la Femme Tambour

Elle éclaire et témoigne aussi du changement qui est en train de s’opérer, du mouvement de redécouverte et de réappropriation de cette mémoire oubliée.

Nous y contribuons.

Pratiques Contemporaines pour Se Reconnecter

Alors chantons, jouons de la musique, dansons, ondulons, laissons jaillir notre créativité, activons le flow et la kundalini, buvons à la source de l’énergie des déesses.

Réinsufflons du rythme dans notre quotidien.

Reconnectons-nous au pouls de la vie !

« Le ciel et ses étoiles te jouent leur musique. Le soleil et la lune honorent ta beauté. Les dieux célèbrent ta gloire. Les déesses t’offrent leurs chants. »
— Extrait de l’hymne à Hathor, IIe siècle avant notre ère, temple de Dendérah, Égypte.

Ecrire à son rythme
Ecrire à son rythme

Femme Tambour et Écriture : Le Rythme Créatif chez Mots Puissants

Chez Mots Puissants, cette sagesse du rythme résonne profondément avec notre approche du coaching littéraire. Notre approche, respectueuse de la Loi du Rythme s’inspire de cette connaissance millénaire : honorer les cycles naturels de création plutôt que de les combattre.

Comme la femme tambour marquait le tempo des cérémonies sacrées, nous accompagnons les auteurs dans leur propre rythme d’écriture, respectant leurs phases de fertilité créative et leurs moments de jachère nécessaire.

Bibliographie et Ressources Femme Tambour, Féminin Sacré et Déesse Intérieure

Bibliographie sommaire

  • Cazenave, Michel, Visages du féminin sacré, Paris, Éditions Entrelacs, 2012
  • Durand, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Armand Colin, 2020 (1re éd. 1969)
  • Layne Redmond, La Femme Tambour, Renouer avec sa déesse intérieure, Paris, Leduc.s éditions, 2019
  • McNeill, William Hardy, L’Art de marquer le temps, Paris, La Rouergue-Chambon, 2005
  • Pinkola Estès, Clarissa, Femmes qui courent avec les loups, Paris, Le Livre de Poche, 2001 (1re éd. 1992)
  • Sarazin-Côté, Josée-Anne, Le Grand livre du féminin sacré, Paris, Hachette (Marabout), 2019

FAQ : Questions Fréquentes sur la Femme Tambour

Qui était Layne Redmond ?

Layne Redmond (1952-2013) était une percussionniste américaine exceptionnelle, seule femme à figurer parmi les 53 plus grands percussionnistes élus par le magazine Drum. Elle a consacré 15 ans de recherches à l’écriture de son ouvrage fondateur La Femme Tambour.

Qu’est-ce que le tambour sur cadre ?

Le tambour sur cadre (frame drum) est l’un des plus anciens instruments de l’humanité. Circulaire comme la pleine lune, il était joué par les prêtresses lors des rituels dédiés aux grandes déesses de l’Antiquité.

Comment se reconnecter au féminin sacré aujourd’hui ?

En écrivant depuis le coeur. En participant à des cercles de femmes, en explorant la pratique du tambour, en honorant les cycles lunaires et en redécouvrant les enseignements des passeuses comme Layne Redmond et Clarissa Pinkola Estés.

Conclusion : renouer avec la Femme Tambour, c’est renouer avec le Soi 

L’héritage de Layne Redmond et sa vision de la femme tambour nous invitent à réinsuffler du rythme, de la beauté et du sacré dans nos vies. En nous reconnectant à cette mémoire ancestrale, nous retrouvons notre place dans la grande danse cosmique, celle qui unit depuis toujours la femme, la lune, la terre et le tambour.

Katia Sznicer Malausséna, PhD / Docteure ès lettres
Auteure, coach littéraire, fondatrice de Mots Puissants